• Expériences de médiation

    "VA DANS TA CHAMBRE !" (01-04 2019)

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    QUELQUES MISES EN SCENE DES CHAMBRES

    Frise non exhaustive des représentations et usages de la chambre à coucher

    Cette frise, réalisée avec notre stagiaire Pauline Mayol, est présentée au cours de l'exposition dans l'escalier menant aux caves.

    Ici, un autre outil de médiation
    Et ici, le jeu de piste jeune public


    « Etrange fut la nuit où tant de souffles s'égarèrent au carrefour des chambres... »
    Saint John Perse, Exil IV

    Le soir venu, Antoine Doinel, se glisse dans un sac de couchage, sur le divan de la minuscule entrée de l'appartement parisien de ses parents.

    A l'instar du jeune héros du film Les 400 coups tout le monde n'a pas la chance d'avoir une chambre, ce lieu intime où se développent notre imaginaire et nos pensées les plus personnelles. François Truffaut restitue le mal-être de n'avoir aucun lieu à soi, ne serait-ce que pour dormir. La chambre, ce lieu presque secret qui évolue au fil des âges, nourrit depuis plusieurs siècles les fantasmes des artistes.

    ANTIQUITE – MOYEN-AGE

    Chambre : du latin cămăra : « plafond voûté »). Le terme désignant initialement toute pièce voûtée.

    La chambre à coucher apparaît en différentes époques selon les pays et milieux sociaux. On en trouve des traces dans les villas gallo-romaines, en Occident ; sur les fresques pompéiennes, (vers 20 av. J.-C.) elles accueillent des scènes d'amour courtois ou grivois.

    Longtemps, la présence d'un lit ne suffira pas à nommer une pièce “chambre”. Au Moyen-Age elles accueillaient d'autres fonctions, de réception par exemple. Les enluminures ne permettent de juger ni de la taille, ni de la fonction des chambres, les subtilités de leur symbolique nous échappant en grande partie.

    Images :

    • « L'Enserrement de Merlin », Maître des cleres femmes, XIVe siècle
    • Pietro Lorenzetti, Le Rêve de Sobac, 1328-1329
    • « Un beau rêve : Dame Nature et ses oiseaux », Livre des échecs amoureux, fin du XVe siècle

    RENAISSANCE

    Apparition de la notion d'intimité

    A la Renaissance, une chambre à vocation privée prend place dans les demeures aisés. Cet espace, différencié des activités communes, permet notamment de s'adonner aux activités sexuelles en toute discrétion. Il rend inutiles les baldaquins, permettant jusqu'alors de ménager un espace intime.
    En France, les demeures les plus opulentes différencient la “chambre de parement”, à vocation publique et meublée d'un lit de parade, de la “chambre de retrait” dédiée au sommeil, entourée de salles à vocations également privées (espace d'étude, accès à la chaise percée, garde-robe…).

    Images

    • Jan Van Eyck, Les Epoux Arnolfini, 1434
    • Joos van Cleve, Annonciation, 1525
    • Le Titien, Vénus d'Urbin, 1538

    XVIIe - XVIIIe SIECLES

    Hiérarchie des genres et académisme

    Entre le XVIIe siècle et la Révolution, une hiérarchie des genres est mise en place par l'Académie royale de peinture et de sculpture : ainsi, les scènes historiques ou religieuses sont des sujets plus nobles que le portrait, le paysage ou la nature morte. La peinture de genre est immédiatement inférieure à celle d'histoire. Presque absente dans l'histoire de l'art médiéval, elle est peu considérée à partir de la Renaissance hormis chez les peintres du nord de l'Europe (Les Epoux Arnolfini de Van Eyck est ainsi une scène de genre).

    La peinture de genre désigne les sujets familiers ou anecdotiques. Le mépris qui leur est accordé explique que hormis lorsque les artistes parviennent à les rattacher à un événement historique ou mythologique, les chambres, a priori décors de scènes de genre, soient si peu représentées à cette époque.

    Images

    • Le Caravage, La Mort de la Vierge, 1604-1606
    • Emmanuel de Witte, Intérieur avec une femme jouant de l'épinette, vers 1660
    • Jean-Honoré Fragonard, Le Verrou, 1777

    A partir du XIXe SIECLE

    Le XIXe siècle est une période de renouveau primordiale en peinture, tant au niveau du style que de l'iconographie. La hiérarchisation académique des genres se rompt et la peinture de genre s'impose. On peut y traiter des scènes du quotidien libérées des références religieuses, mythologiques ou historiques. La représentation des chambres se multiplie et se diversifie, tendance qui se confirmera aux XXe et XXIe siècles.

    Images

    • Vincent van Gogh, La Chambre de Van Gogh à Arles, 1888
    • Félix Vallotton, Intérieur avec femme en rouge de dos, 1903
    • Egon Schiele, La Chambre de l'artiste à Neulengbach, 1911
    • Edward Hopper, Morning Sun, 1952
    • Andrew Wyeth, Master Bedroom, 1965
    • Virgile Novarina, En somme, depuis 2006

    A LA CAMPAGNE

    Les familles modestes vivent en un même espace, le sommeil bénéficiant d'un aménagement particulier à l'instar des lits-clos en Bretagne. Les plus pauvres, en ville comme à la campagne, perçoivent même comme un luxe de posséder un lit, se contentant des greniers ou de la paille des écuries. La chambre en tant que pièce autonome, n'apparaît dans ces milieux qu'à la fin du XIXe siècle. La chambre personnelle devient non un luxe mais une nécessité hygiéniste ; on peut notamment y faire sa toilette à l'abri des regards, dans une baignoire ou un humble baquet.

    Images

    • Edouard Joseph Dantan, Intérieur paysan à Villerville-sur-mer, 1882
    • Georges Lieser, Intérieur breton au lit clos, 1ère moitié du XXe siècle

    DANS LES VILLES

    Les vieilles bâtisses urbaines rendent complexe la systématisation des chambres. Apparaît dès lors, à l'époque de la Révolution Industrielle, un modèle de maison peu coûteux que l'on peut reproduire à l'envie, dans les terrains en périphérie des villes. Le premier étage y est consacré aux chambres.

    Images

    • Karl Girardet, Gravure La Visite des Pauvres, 1844
    • Eugène Atget, Photographie Chambre d'une ouvrière, Paris, début du XXe siècle
    • Berlin, 1904. Photographie d'un appartement d'une pièce et une cuisine, habité par sept personnes

    CHAMBRES D'ENFANTS

    En France, les enfants ne disposeront d'une chambre que bien après leurs parents. Elle est le lieu de naissance et du tout début de la vie comme on peut le voir dans le touchant tableau de Berthe Morisot Le Berceau. Elle incarne également l'innocence, les jeux espiègles dans La Chambre de maman et des petites filles. Cette œuvre, réalisée vers 1895 par le peintre suédois Carl Larsson, nous plonge dans cette douce ambiance enfantine.

    Images

    • Berthe Morisot, Le Berceau, 1872
    • Henri de Toulouse-Lautrec, Le Lit, 1892
    • Carl Larsson, La Chambre de maman et des petites filles, 1895


    LES CHAMBRES DE JEUNES FILLES

    Fin du XVIIIe siècle : apparition de la notion d'adolescence et distinction de la “chambre de demoiselle”.

    Aux XVIIIe et XIXe siècles, l'adolescence est perçue comme une catégorie de sexe avant d'être une catégorie sociale. La chambre de demoiselle est alors celle de la vertu, sur le modèle de celle des Vierges à l'Annonciation. Une jeune fille digne de ce nom ne se montre guère à l'extérieur. Recluse, bien plus que les jeunes hommes, elle se doit d'apprendre à devenir une future épouse et mère ou de se préparer à une vie consacrée à la religion.
    La « chambre de jeune fille » est perçue comme une nécessité par la demoiselle des milieux bourgeois du début du XIXe siècle. Elle prend soin de ce lieu virginal, de calme, de chasteté, « à mi-chemin entre le boudoir et la cellule 1 » . La littérature et la poésie du XIXe siècle vont alors s'approprier cet âge féminin, passage de l'enfance à l'âge adulte. La jeune fille se découvre, appréhende un corps qui change, l'approche d'un nouveau rôle social. Sa chambre est le lieu des fantasmes mais aussi de ses souffrances, largement décrits par la littérature : La Mare au diable (1846), roman champêtre de George Sand, traite de l'amour entre une jeune fille et un homme d'âge mûr. En 1883, Honoré de Balzac écrira Eugénie Grandet, Louisa May Alcott (USA) Les Quatre filles du Docteur March (1868), etc.
    Les peintres du XIXe siècle s'intéressent également à cet entre-deux de la vie des femmes, représentant les jeunes filles dans leur chambre, à la toilette ou encore se coiffant. Scène calme de la Toilette matinale, de Edgar Degas mais aussi Le Viol, dans un registre autrement plus tragique. La Poupée délaissée de Suzanne Valadon retranscrit le passage de l'enfance à l'âge adulte. La chambre de jeune fille tout comme celle de la femme, sont ainsi une sujet inspirant pour les artistes.


    1 Michelle Perrot, Histoire de chambres, 2009

    Images

    • Edgar Degas, Intérieur ou Le Viol, vers 1868-1869
    • Edgar Degas, Le Bain matinal, 1883
    • Pablo Picasso, La Chambre bleue, 1901
    • Suzanne Valadon, La Poupée abandonnée, 1921

    CHAMBRES DE LA MALADIE ET DU DEUIL

    Les événements qui traversent la chambre sont parfois tragiques ou mélancoliques. Elle accueille, autant que les naissances, les agonies ou les veillées mortuaires. L'espace intime s'ouvre alors à ceux qui accompagnent les derniers souffles. François Ier accueille celui de Léonard de Vinci dans l'œuvre de Ingres (1818). La mise en scène néo-classique romance ici cet instant tout aussi fugace que fictif, également influencée par le romantisme qui prête aux protagonistes des postures théâtrales.
    Edvard Munch réalisera à la fin du XIXe siècle une série de six peintures émouvantes, représentant sa sœur mourante touchée par la tuberculose ; le teint blafard de l'adolescente semble déteindre sur les murs et la literie.

    Images

    • Jean-Auguste-Dominique Ingres, François 1er reçoit les derniers soupirs de Léonard de Vinci, 1818
    • Edvard Munch, L'Enfant malade, 1885-1886

    CHAMBRES DE L'ACTE SEXUEL

    Dès l'Antiquité, la chambre accueille les ébats du couple. Le sujet est également présent dans les enluminures médiévales, puis à la Renaissance, bien que l'art occidental soit souvent plus pudique que les scènes d'amour sans filtre des œuvres érotiques japonaises et chinoises.
    Le XXe siècle n'abandonnera pas son intérêt pour la chambre comme lieu de la sexualité, recherchant parfois même l'hypersexualisation : la série "Great American Nude" (1964) de Tom Wesselmann figure une femme objet de fantasme et de consommation, à l'instar des objets qui l'entourent.

    Images

    • Marta Minujin et Mark Brusse, La Chambre d'amour, 1964
    • Tom Wesselmann, Great American Nude N°. 54, 1964


    Autres images

    Lits défaits

    • Eugène Delacroix, Lit défait, vers 1825-1828
    • Adolph von Menzel, Ungemachtes Bett, 1845
    • Imogen Cunningham, The Unmade Bed, 1957
    • Felix Gonzalez-Torres, Untitled (billboard of an empty bed), 1991
    • Tracey Emin, My Bed, 1999

    • Antiquité - Moyen Age
      Antiquité - Moyen Age
      Antiquité - Moyen Age
    • Renaissance
      Renaissance
      Renaissance
    • XVIIe - XVIIIe siècles
      XVIIe - XVIIIe siècles
      XVIIe - XVIIIe siècles
    • A partir du XIXe siècle
      A partir du XIXe siècle
      A partir du XIXe siècle
    • Dans les villes - A la campagne
      Dans les villes - A la campagne
      Dans les villes - A la campagne
    • Chambres d'enfants
      Chambres d'enfants
      Chambres d'enfants
    • Chambres de jeunes filles
      Chambres de jeunes filles
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    • Chambres de la maladie et du deuil
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    • Chambre de l'acte sexuel
      Chambre de l'acte sexuel
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  • FONDATION D'ENTREPRISE ESPACE ÉCUREUIL POUR L'ART CONTEMPORAIN - 3 PLACE DU CAPITOLE - 31000 TOULOUSE
    Tél. 05 62 30 23 30 - contact(at)caisseepargne-art-contemporain(.)fr
    Ouverture du mardi au samedi de 11h à 19 h 30 et le premier dimanche du mois de 15 h à 19 h 30. Fermeture exceptionnelle du 5 au 19 août . Entrée gratuite