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    La table d'hôtes

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    LA TABLE D'HÔTES

    Nous partageons ici ce qui rend nos journées plus riches

    samedi 28 mars J+11

    Pensées et suggestions d'Elise Vandel.

    Le contact direct avec l'œuvre est une chose rêvée, fantasmée, impossible jusqu'à la levée du confinement. Ce mot, rare dans nos vies jusqu'à présent, ne touchait alors que les lieux dédiés à l'enfermement, pour des raisons de salubrité, de judiciarisation, de sécurité : la sphère médicale et la sphère carcérale occupent là le haut du panier. Ce n'était pas n'importe qui qui se retrouvait confiné.e.
    Et, au fil des jours, voire des heures qui ont précédé « l'annonce » (ce n'était pas l'Annonce faite à Marie de Paul Claudel mais celle du Président Macron) le sentiment progressif de devoir renoncer à nos libertés premières – liberté de circuler, de commercer, de converser, tous échanges primordiaux qui nous font humains – s'est instillé, indissociable de l'obligation de protéger et de se protéger d'une maladie virale au nom princier. Étymologiquement, corona s'enracine dans le champ lexical des rois et des reines. La couronne est l'une des pièces qui composent le trésor. Elle est faite de matériaux de valeur, or, argent, et s'orne à l'occasion de pierres précieuses ou d'émaux. C'est une forme circulaire, ordinaire et parfaite, mais qui revêt une dimension unique, liée au sacre de qui la porte. Dans nos régimes démocratiques modernes, la couronne a disparu des sacres ; les décideurs s'affichent toujours dans un décor somptuaire délesté des codes de la magnificence, qui se veut discrète mais là quand même ; ils vivent dans des demeures splendides nommées palais. Leurs signes distinctifs sont invisibles. Pourtant ils règnent. Le 21 mars, nous aurions aimé fêter le printemps d'une couronne de fleurs ou d'un diadème de marguerites, léger, enfantin et champêtre. Guirlande, couronne, diadème, les fleurs enfilées convoquent une catégorie botanique spécifique intitulée plantes à couronnes, stephanomata (en grec) ou coronamenta (en latin). Ce jour d'équinoxe, seul le soleil a bercé nos bras nus, mordu nos nuques pâles, coloré nos visages blêmes. Cette journée, comme toutes les autres ensoleillées, marque une légère variation dans nos vies. La quarantaine décrétée instaure un mouvement de balancier dans des vies souvent dépourvues de ce qui reste quand on n'a plus rien, ou quand on dispose déjà de tout : le temps. Cette notion, tantôt luxe, tantôt nécessité, prend là toute sa saveur, retrouve des goûts qu'on lui a oubliés. Étiré, dilaté, compressé, partagé, haché, maltraité, précieux…
    La prochaine saison sera l'été.
    Qu'aurons-nous fait de ce printemps ?
    Lire, encore ; faire, toujours ; ne lire qu'Ovide… vous devinez que la métamorphose pourrait être la clé de ce moment si singulier… Des films à revoir ? Rois et reines d'Arnaud Desplechin.

    Les expressions avec le mot temps : avoir un temps d'avance, n'avoir le temps de rien, il y a un temps pour tout, prendre du temps pour soi, le temps des cerises, le temps des vendanges, avoir du temps à revendre, faire défiler le temps, de temps en temps, courir après le temps, arracher le temps, faire un temps de chien.

    jeudi 26 mars J+9

    Eric, visiteur de la Fondation, propose un lien vers l'émotion "Un temps pour les émotions", visible sur Arte jusqu'au 30 mai. Le résumé :

    « Perché », « absurde », « incompréhensible », l'art contemporain n'a souvent pas bonne réputation, et on préfère laisser aux intellectuels le soin d'en parler. Pourtant, d'après Nicola Graef, commissaire de l'exposition « Feelings » à la « Pinakothek der Moderne » de Munich, ces œuvres pourraient être comprises de tous si l'on disposait d'un langage des émotions.

    mercredi 25 mars - J+8

    Sylvie Corroler, sur La chambre de Catherine

    En 2014 a lieu à Paris une très grande, très belle exposition Bill Viola. Une œuvre me bouleverse, me fascine. Pas du tout la plus belle, la plus fulgurante, la plus fascinante, comme peuvent être certaines de ses vidéos.
    Elle s'appelle Catherine's Room. Elle date de 2001. Une même chambre, cinq fois, cinq vidéos de 18 min., une femme aux cheveux très courts, cinq actions comme des rituels, cinq temps de la journée, cinq lumières, du lever au coucher, quatre saisons et la nuit, une vie. La cellule de Catherine de Sienne.
    Cette œuvre, comme quelques autres qui parlent d'isolement, m'accompagne. Elle fait partie du musée idéal.
    Catherine de Sienne, dans la lettre 223, à Alessia, écrit :
    « Fais-toi, ma fille, deux habitations : l'une dans ta cellule, pour ne pas aller causer de tous les côtés et pour n'en sortir que par nécessité… Fais-toi une autre habitation spirituelle que tu porteras toujours avec toi : c'est la cellule de la vraie connaissance de toi-même… Ce sont deux cellules en une ; et, en étant dans l'une, il ne faut pas quitter l'autre, car l'âme tomberait alors dans le trouble et la présomption. »

    Et nous voilà, aujourd'hui, chacun dans sa cellule, pour un temps.

    mardi 24 mars - j+7

    Sabÿn Soulard propose aujourd'hui un lien vers le site mk2, qui propose chaque semaine "une sélection de films gratuits" pour reprendre l'annonce : notamment Plaisir d'amour en Iran d'Agnès Varda, Un été inoubliable de Lucian Pintilie, Chamane de Bartabas, ...


    samedi 21 mars - J+4

    Un film vu par Sylvie Corroler : Le Père de mes enfants (2009), de Mia Hansen-Love visible en streaming sur Arte jusqu'à fin mai.

    Un court instant, à l'occasion d'une coupure de courant, une jeune fille marche de profil, une bougie à la main.
    En moi, une autre image surgit alors : L'ange apparaissant à Saint Joseph, de Georges de La Tour. Et avec elle, toutes les lumières délicates du peintre. Et encore au-delà, l'idée de la flamme qui éclaire dans la nuit. Qu'est ce qui éclaire nos nuits ? J'aime les œuvres qui activent mon mur d'images réel, virtuel.

    vendredi 20 mars - J+3

    Aujourd'hui, le choix de lecture de notre chère Dominique Arnaud, chargée de communication de la Fondation :

    Hasard, je termine la veille du confinement un beau roman du Norvégien Roy Jacobsen. Une famille de pêcheurs paysans vit en quasi autarcie sur la minuscule île de Barroy, tout près des Lofoten. Une vie entière à huis clos, mais au grand air.

    Dans Les Invisibles, on lit : « Les choses qui s'échouent sur les rives d'une île appartiennent à ceux qui les trouvent, et les îliens en trouvent beaucoup ».

    Je regarde ce qui s'échoue sur les bords de mon île ce matin et fais de belles trouvailles : appels et messages d'ami.e.s un peu perdu.e.s de vue, bouquins oubliés (jamais lus ?) dans la bibliothèque, correspondance antédiluvienne en haut de l'armoire, échos d'initiatives citoyennes géniales, sur les réseaux sociaux, petits fous rires nerveux sur les mêmes réseaux et, last but not least, statistiques de Chine encourageantes.

    On verra demain ce qui arrive sur le rivage.

    J'ai découvert ce livre et bien d'autres grâce au réseau de librairies indépendantes fédéré par la super équipe de Kube, une box pleine d'esprit. Et ça marche toujours en période de confinement.

    jeudi 19 mars 2020 - J+2

    Sylvie Corroler partage un extrait d'Espèces d'espaces de Georges Perec :

    L'espace de notre vie n'est ni continu, ni infini, ni homogène, ni isotrope. Mais sait-on précisément où il se brise, où il se courbe, où il se déconnecte et où il se rassemble ? On sent confusément des fissures, des hiatus, des points de friction, on a parfois la vague impression que ça se coince quelque part, ou que ça éclate, ou que ça se cogne. Nous cherchons rarement à en savoir davantage et le plus souvent nous passons d'un endroit à l'autre, d'un espace à l'autre sans songer à mesurer, à prendre en charge, à prendre en compte ces laps d'espace. Le problème n'est pas d'inventer l'espace, encore moins de le ré-inventer (trop de gens bien intentionnés sont là aujourd'hui pour penser notre environnement …), mais de l'interroger, ou, plus simplement encore, de le lire ; car ce que nous appelons quotidienneté n'est pas évidence, mais opacité : une forme de cécité, une manière d'anesthésie.
    C'est à partir de ces constatations élémentaires que s'est développé ce livre, journal d'un usager de l'espace.


  • FONDATION D'ENTREPRISE ESPACE ÉCUREUIL POUR L'ART CONTEMPORAIN - 3 PLACE DU CAPITOLE - 31000 TOULOUSE
    Tél. 05 62 30 23 30 - contact(at)caisseepargne-art-contemporain(.)fr
    Ouverture du mardi au samedi de 11h à 18 h et le premier dimanche du mois de 15 h à 18 h. Fermeture exceptionnelle du 5 au 19 août . Entrée gratuite