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    Ma cantine préférée

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    MA CANTINE PréFéRéE


    L'équipe et les collaborateurs proches de la Fondation commentent une œuvre de l'exposition "Nous ne savions pas ce que vos yeux regardaient".

    vendredi 27 mars - J+10

    Le commentaire de Sylvie Corroler sur une œuvre abstente...

    L'œuvre que je voudrais commenter de Nous ne savions pas ce que vos yeux regardaient est une œuvre manquante, une œuvre en creux.
    Un collectionneur devait nous la prêter, puis il n'a pas pu. Comme il s'agit d'une photographie, nous avons contacté une institution qui la possède dans sa collection, point de réponse. Je me réjouissais de vivre avec cette image quelques mois. Elle devait trouver sa place dans le chapitre : Le souffle du poète. J'ai dit parfois, en plaisantant, à Alexandre Curnier, le commissaire de l'exposition qu'il y avait tromperie sur la marchandise, car si j'avais dit oui à ce projet d'exposition, c'était en fait pour avoir cette photo quelques temps sur les murs de la Fondation. Elle n'est pas là, je pense souvent à elle.

    A défaut, je vous souhaite d'avoir dans votre bibliothèque des livres d'Hervé Guibert à relire.


    Fragment de la photographe d'Hervé Guibert

    mercredi 25 mars - J+8

    Elise Vandel, animant les ateliers d'écriture de la Fondation, partage son souvenir de l'exposition et notamment  Untitled, blue II de Georgia Russell :

    Sylvie, tu nous offres, au fil des jours qui s'emboîtent comme des perles sur un collier, une possibilité de retrouver de l'énergie : celle de l'entraide à travers le partage de nos sensibilités, qui sommes toutes et tous abreuvé.e.s à ces sources communes que sont la culture et la création, jusqu'alors copieusement dégustées, sereinement et passionnément vécues. Par la fréquentation des œuvres. Par l'écoute. Par le toucher, parfois. Par la contemplation qui révèle une patine, une bosse, une texture particulière, un grain accrocheur.
    Alexandre Curnier rassemble des œuvres sous l'égide d'une proposition, d'une assertion : « Nous ne savions pas ce que vos yeux regardaient ». La capacité à s'émouvoir, à recevoir l'aestheticus, est le propre de la rencontre avec l'œuvre. Détaché.e.s de cette rencontre, nous sommes pourtant habité.e.s par un sentiment esthétique. Il nous appartient, nous traverse, nous construit, nous meut, nous accompagne. L'éloignement d'avec les œuvres est, pour beaucoup, brutal. La proximité avec les œuvres devient momentanément une chose d'hier, une chose du passé. Cette chose, intouchable, inapprochable, on ne peut que l'imaginer.
    Se remémorer l'émotion que procurent les lacérations sur la toile peinte par Georgia Russell (Untitled, blue II, 2019), la beauté que laissent ces béances. Éprouver le souffle de la climatisation réversible sur les lambeaux de toile attachés au châssis, recouverts de vides, de noir et de gris. Sentir la curiosité maladive des visiteurs affamés de caresser ces fentes prestes à s'élargir encore si leurs doigts assassins s'enfonçaient dans le sillon. La surface vaste et sereine, accrochée face à la cloison mobile qui, à ses pieds, porte la citation de Colette, emporte avec elle tous mes tourments. Mes yeux embrassent cette toile, tourbillon blanc, nuée glacée, nuages abstraits bleutés. Mes doigts voudraient l'avoir enduite, colorée, peinte, à l'aide de spatules, de queues de morue, dilués encore à l'essence de térébenthine, teintée de pigments propulsés à même la toile. Mes mains voudraient l'avoir tendue, soulevée, touchée comme une main passe sur la terre crue pour en soulever la douceur. Lui donner une forme en deux dimensions, à la taille de mes adorations. Lui donner une forme faussement plane, les coups de cutter comme autant de paupières ouvertes sur le monde. Mes mains voudraient l'avoir trouée, fendue, lacérée, gestes avec lesquels, patiemment, je lui aurais dit mon amour. Mes cils apposent leur orbe sur mon imagination écarquillée. Mon iris s'insinue dans les souffles en camaïeux. Sans titre, dit-elle. Georgia Russell fait entrer le souffle du songe dans un océan de nuages.

    mardi 24 mars - J+7

    La vidéo de Louis Cattelat est inspirante ; le commentaire de François Talairach, vidéaste et photographe de la Fondation, à son sujet :

    Une salle nue. Une chaise. Je m'assois. Au mur une vidéo projetée. La scène : à gauche de l'image une pièce dans la pénombre, à droite une fenêtre très lumineuse. Devant la fenêtre ouverte un ventilateur souffle son air vers l'extérieur et semble agiter la végétation de l'autre côté. Hors-champ, on entend les cris d'enfants qui s'ébattent. La scène n'évolue pas. Plan et temps sont fixes. Seul mouvement ; le parcourt du regard sur l'écran - de l'ombre vers la lumière – la direction indiquée par l'ombre des petits bois de la fenêtre sur le lit et, attiré/poussé dehors par l'action conjuguée du ventilateur et les cris des enfants. Le regard recommence perpétuellement son cheminement afin de vider la tension induite par les deux expériences : le réel du récit proposé et mon propre récit du réel.

    lundi 23 mars - J+6

    Pauline Mayol, ancienne stagiaire de la Fondation, se souvient de la vidéo de Louis Cattelat (Sans titre, 2020)

    jeudi 19 mars - J+2

    Enzo, régisseur et concepteur de notre espace documentation, pose un regard bref et circonstancié sur l'installation Sur la pointe des vagues verticalement sous le soleil, paillettes lumineuses dans un espace très circonscrit (Gwenaël Porte et Alexandre Curnier, 2020) :

    Un mur, un trou, de l'autre côté un océan qui se débat.
    Impossible de le rejoindre, nous sommes là, face à l'incertitude.

  • FONDATION D'ENTREPRISE ESPACE ÉCUREUIL POUR L'ART CONTEMPORAIN - 3 PLACE DU CAPITOLE - 31000 TOULOUSE
    Tél. 05 62 30 23 30 - contact(at)caisseepargne-art-contemporain(.)fr
    Ouverture du mardi au samedi de 11h à 18 h et le premier dimanche du mois de 15 h à 18 h. Fermeture exceptionnelle du 5 au 19 août . Entrée gratuite