• Expositions passées

    Rien ne va plus, les couleurs sont faites

    31 octobre 2008 > 21 décembre 2008
  •  
    accueil > Fondation > Expositions passées > 2008 > Rien ne va plus, les couleurs sont faites
    • envoyer à un ami
    • Imprimer

    Cette exposition a pour thématique le ready made color. Il s'agit ici, pour les artistes, d'utiliser des matériaux industriels, colorés et/ou des objets du quotidien, sans autre intervention que de les « installer » dans un espace d'exposition. Ils nous proposent ainsi un changement de perception dans l'usage de la couleur et de sa valeur esthétique. Nous ne verrons plus un supermarché ou un espace en chantier de la même manière.

    Les supermarchés, les zones industrielles, les magasins de bricolage sont les lieux de prédilection des artistes réunis ici. Ils revisitent la notion de marchand de couleur. Les objets constituant les oeuvres (bouées d'enfants, plots et ruban de chantier, pailles à cocktail, néon, rouleaux de moquette, élastiques…) sont choisis par les artistes avant tout pour leur valeur colorée.

    Ici, la couleur est « toute faite ». Pas de palette d'artistes, pas d'harmonie.
    Pas d'harmonie, pas de beau, alors ? Pas si simple. La vie industrielle nous propose une esthétique colorée. Pensée par qui ? Voulue par qui ? Pour qui ?

    Marchands et designers évaluent les goûts du consommateur suivant sa catégorie sociale, son potentiel d'achat. La couleur est aussi un enjeu culturel de la construction des classes sociales.

    Plus d'infos

    La couleur de « bon goût », des matériaux « nobles » utilisés par les artistes ont souvent peu à voir avec les bouées en plastiques fluo de Gérard Deschamp, les barrières de sécurité de Claude Briand-Picard.
Venant encore chahuter cette notion artistique du goût (ne dit-on pas « il a bon goût, c'est un artiste), la « trivialité du faire » (coller entre elles quelques milliers de pailles à cocktail comme le fait Antoine Perrot, par exemple) nous empêche définitivement de nous référencer à nos repères artistiques. Ici, l'intervention de l'artiste « se limite » à un agencement.
    Ces travaux d'artistes nous font réfléchir sur la société de consommation, la « manipulation » de la classe sociale de l'acheteur, ici devenu spectateur. La fonction de regardeur n'étant pas la même, le lieu du regard étant décalé, ce regard, posé sur l'objet du quotidien, devenu oeuvre, n'est forcément plus le même. Alors, regarder avec quelle référence ?
    Cette interrogation est tout aussi vraie pour le visiteur d'un espace d'art qui vient ici poser son regard sur une oeuvre. Le savoir faire artistique, le contrôle de la couleur qu'opèrent les artistes de cette exposition, (car contrairement aux apparences, ils le font et brillamment), sont dans la droite ligne de ce que Léonard de Vinci appelait la cosa mentale. C'art est une affaire de pensée, pas de savoir faire artisanal.
    La couleur n'est plus, montrée ici, la maîtrise harmonieuse de la palette, et elle n'est plus, non plus l'imposition despotique des valeurs du marché. L'artiste se saisit de l'objet coloré pour justement nous faire prendre conscience, pour nous faire voir, le monde des formes dans lequel nous vivons, l'environnement que nous subissons, passivement, que nous ne voyons plus, auquel nous ne réagissons plus, voire que nous recherchons, telle une protection (la zone pavillonnaire).
    Ici l'objet perd, à la fois, sa référence, artistique (bien que dans un lieu d'art, il est non conforme à ce qu'on y trouve habituellement) et de consommation (car il n'a plus sa fonction). Ces artistes nous obligent donc à regarder et non pas à re-connaître. Par un geste simple (John Armleder achète trois rouleaux de moquette en magasin et les dépose en galerie), ils posent l'acte de création : re-présenter et non pas re-produire. Ils nous font faire le pas de côté, juste voir autrement, alors, vraiment voir, comme pour une première fois.
A la fois notre quotidien et l'oeuvre d'art. Il n'y pas une vérité dans l'objet, mais une multitude de regards, car une multitude de positionnements.
    Une fois que nous aurons fait le tour du supermarché, nous pouvons aussi faire un tour dans le monde de l'art. Car, il ne s'agit pas ici de rupture, mais de tradition, d'héritage. Ces artistes n'inventent pas le ready-made. Depuis un siècle maintenant, l'objet est convoqué dans l'oeuvre. Nous pouvons donc nous référencer à l'histoire de l'art contemporaine, si l'on veut : Donald Judd, les minimalistes, les conceptuels, les Duchampiens, Support-Surface…
    Cette exposition réunie des oeuvres décalées. Les artistes s'amusent à faire de l'art sérieusement. Le spectateur peut sérieusement penser son quotidien en s'amusant de le voir réenchanté.


    Journal Rien ne va plus

  • FONDATION D'ENTREPRISE ESPACE ÉCUREUIL POUR L'ART CONTEMPORAIN - 3 PLACE DU CAPITOLE - 31000 TOULOUSE
    Tél. 05 62 30 23 30 - contact(at)caisseepargne-art-contemporain(.)fr
    Ouverture du mardi au samedi de 11h à 19 h 30 et le premier dimanche du mois de 15 h à 19 h 30.. Entrée gratuite