Un matin de mai fleuri
Florian Mermin

Du 4 novembre au 24 décembre 2022

Nos pensées sont quelquefois très profondes,
Il est bon d'entendre nos avis,
Car nous sommes la beauté du monde.

Alice au Pays des Merveilles, chanson Un Matin de mai fleuri, 1951

 

Avez-vous pris le temps de ressentir le murmure de la ville ? Là où les briques rouges revêtent leur manteau gris d'automne en s'enroulant de l'humidité de novembre ? Une fois la porte passée, c'est du printemps dont il s'agit. C'est par une allusion à la ballade « Un matin de mai fleuri » d'Alice au Pays des Merveilles que Florian Mermin l'appelle. Celui-ci n'a plus rien de pimpant à offrir, à en croire la vitrine. Point de rosée sur les pétales du bouquet fané qui y est présenté. Le mois de mai s'est évanoui à l'heure de votre lecture. Une altération du temps s'annonce.

À moins que l'artiste vous convie à plonger dans le passé. Il y a six mois, mai était certainement fleuri. Et qu'en était-il, il y a un siècle, au temps où les hommes arpentaient le jardin des plantes, un canotier posé sur leur tête ? Faisait-il doux à ce moment de l'année ? Comment se portaient les fleurs ? Dans les univers que crée Florian Mermin, ces questions prennent vie. Autant que les souvenirs.

S'anime ce conte merveilleux où rien n'étonne jamais vraiment. Bien sûr, il y a Alice et son chapeau de pétales que l'on rencontre après avoir longé un long tunnel noir, mais il y a surtout les fleurs et leurs incarnations féminines. Omniprésentes dans la culture populaire de ces derniers siècles, ces femmes-fleurs, essences douces, immobiles et décoratives du féminin, ensorcellent la promenade. Irrésistiblement charmantes et délicates. Accoudées à un vase ou écloses dans des jardins bien rangés, elles sont le témoin du temps qui passe.

Un temps sensoriel où il fait bon partager une infusion de feuilles séchées dans des tasses plus grandes que de raison, où le voyage végétal se conçoit comme une caresse de laine, où les oiseaux peuvent se nicher dans de gros bonbons à la violette, et où les pieds des visiteurs et visiteuses se glissent avec insouciance dans d'étranges souliers.

Quel étrange voyage où plus rien ne s'envisage comme certitude. Plus vous vous enfoncez, plus vous avancez dans ce conte réel et plus l'ouverture s'envisage : un jardin intérieur s'établit. Tout y est : les roses aux parfums envoutants, compagnes de toujours, une petite table et des chaises où profiter de la douce brise. Mademoiselle Troy est aussi là, son regard aimant, sa joue généreuse et surtout son chapeau. Fleurs et chapeaux, toujours.

 

Sandra Barré

 

Médiation sur l'exposition : ici